Tout le monde veut des profils expérimentés, mais où acquièrent-ils cette expérience aujourd’hui ?
Les Big Four recrutent moins de jeunes diplômés, lisais-je cette semaine dans L’Echo. L’IA reprend le travail de base, l’économie est à la traîne, les grands cabinets misent donc sur des profils expérimentés. Je comprends ce choix. Mais celui qui arrête de former aujourd’hui n’aura plus d’experts à recruter dans cinq ans.
Chez AAA, nous choisissons délibérément les jeunes starters. Nous l’avons toujours fait et nous continuerons à le faire. Non par idéalisme, mais parce que nous sommes convaincus que la véritable expertise commence par le travail de terrain.
« C’est là où l’argent rentre que l’on apprend ce qui fait tourner une entreprise. »
Nos starters entrent immédiatement en action au niveau opérationnel, au cœur de la finance. Le Credit Management est souvent réduit au suivi des factures, mais c’est bien plus que cela. C’est le point de convergence : conditions de vente, facturation, relations clients, cash-flow et besoin en fonds de roulement. Quiconque comprend comment une vente se traduit finalement en argent sur le compte comprend comment une entreprise reste financièrement saine.
C’est là que vous découvrez où les choses peuvent mal tourner. Là où les processus s’enrayent, où les données sont erronées, où les ventes et la finance travaillent en silos. C’est en étant au cœur de l’action que vous développez le plus rapidement ces insights cruciaux.
« Je crois fermement au potentiel de l’IA. C’est précisément pour cela que je continue à recruter des juniors. »
Avec CrediBill, notre propre logiciel, nous misons pleinement sur l’automatisation et l’IA. Vous visualisez en un coup d’œil les tâches prioritaires, les clients à suivre et la meilleure manière de procéder. Grâce à l’IA, vous pouvez poser des questions à vos données comme vous le feriez à un collègue. Et cela évoluera encore bien davantage au sein de tout le département finance.
Mais un outil ne répond qu’aux questions que vous posez. Vous devez savoir quelles questions sont pertinentes et être capable d’en interpréter les réponses. Un algorithme ne sait pas quand un client fidèle traverse des difficultés temporaires, ni pourquoi un retard de paiement révèle en réalité une erreur dans le processus de facturation. L’automatisation ne fonctionne réellement que lorsque quelqu’un comprend ce qui se passe et peut rectifier le tir si nécessaire. Les personnes dotées de cette connaissance et de cet insight n’apparaissent pas par magie. Il faut les former.

Les grands cabinets disent rechercher des personnes ayant davantage de soft skills. Je suis entièrement d’accord. Mais celles-ci ne sont pas livrées avec le diplôme. Convaincre un client de régler un paiement, expliquer à un CFO pourquoi son fonds de roulement est bloqué, réunir les ventes et la finance autour d’une table : c’est en forgeant que l’on devient forgeron.
Celui qui travaille ainsi pendant des années au plus près des chiffres et des clients finit par percevoir des corrélations qui échappent aux autres. Comment un délai de paiement dans un contrat se répercute sur le cash-flow. Pourquoi un problème chez les débiteurs commence en réalité lors de la saisie des commandes. Cette vision sur l’ensemble du département finance, et même sur toute l’activité, ne provient que d’une expertise approfondie. Et c’est cette vision qui est nécessaire pour piloter la révolution de l’IA. La technologie ne manque pas. La vraie question est de savoir où elle fait la différence et comment vous l’utilisez. Aucun outil n’en décide ; ce sont les personnes qui connaissent le business de fond en comble qui le font.
C’est pourquoi nos young graduates reçoivent rapidement des responsabilités, tout en étant accompagnés. Après 18 mois, ils sont des consultants à part entière. Pas besoin d’attendre deux ans avant de pouvoir enfin décider de quelque chose par soi-même.
Mon conseil aux diplômés ? Regardez au-delà des grands noms. Gardez un esprit critique et demandez toujours le « pourquoi ». N’ayez pas peur de vous retrousser les manches. Celui qui apprend à connaître une entreprise de l’intérieur prend une avance qu’aucun outil ne pourra rattraper.