Le succès est la plus grande menace

Peter Verschelden de chez Moore à propos de l’IA, de la croissance et de l’avenir de la comptabilité

Comment bâtir une organisation qui continue de croître sans perdre son esprit d’entreprise ?

Dans cet épisode du Never Overdue Podcast, Jean-Paul Van Damme s’entretient avec Peter Verschelden, comptable et réviseur d’entreprises de formation, et l’un des moteurs de Moore Belgium.

Verschelden a rejoint en 1995 le cabinet comptable de son père, qui comptait alors huit collaborateurs. Aujourd’hui, Moore compte environ 2 300 collaborateurs en Belgique. Cette croissance a été possible en élargissant la comptabilité à l’audit, au tax & legal, à la corporate finance, au consulting, à l’analytics et à l’IA.

L’entretien aborde cinq grandes questions : que signifie l’IA pour la comptabilité, comment accompagner les collaborateurs dans le changement, comment préserver la culture pendant la croissance, pourquoi vouloir croître et pourquoi le succès peut-il devenir une menace en soi ?

https://youtu.be/YFSHBlcG8UM

Regardez l’épisode : https://youtu.be/YFSHBlcG8UM

L’IA remplacera-t-elle les comptables ?

Selon Peter Verschelden, l’IA modifiera principalement les flux de travail, sans pour autant remplacer l’intégralité de la profession.

Aujourd’hui, une grande partie du temps en comptabilité est consacrée au traitement, à l’administration et à l’établissement des comptes annuels. L’IA et l’automatisation peuvent considérablement réduire ces tâches, libérant ainsi du temps pour l’analyse, le conseil et l’accompagnement des clients.

Selon Verschelden, le comptable de demain ne devra donc pas avoir moins d’expertise, mais devra l’utiliser différemment. La technologie prend en charge le travail répétitif, tandis que l’interprétation humaine, la confiance et le conseil gagnent en importance.

Comment impliquer les collaborateurs dans la transformation par l’IA ?

Implémenter la technologie est une chose. Accompagner les personnes dans le changement est le véritable défi.

C’est pourquoi Moore mise fortement sur la communication, la formation et la gestion du changement. Pour Verschelden, le leadership doit aller au-delà de l’explication des changements : les dirigeants doivent eux-mêmes incarner les nouveaux comportements.

Les métiers vont également évoluer. Les collaborateurs qui se consacrent aujourd’hui principalement au traitement des données pourraient demain se concentrer davantage sur le contrôle, l’interprétation et l’application de ces informations.

Comment préserver la culture d’entreprise lors d’une forte croissance ?

Pour Peter Verschelden, la culture commence par les personnes que vous recrutez.

Moore est passé de huit à environ 2 300 collaborateurs. Pourtant, l’organisation souhaite conserver son caractère entrepreneurial. Verschelden résume la culture souhaitée par le terme « up » : aller de l’avant, croître et être prêt pour le changement.

Il utilise pour cela une métaphore frappante : Moore n’est pas un pétrolier où tout le monde suit la même trajectoire, mais une flotte de partenaires entrepreneurs qui conservent leur propre responsabilité au sein d’un cadre commun.

Pourquoi Moore croît-elle si la croissance n’est pas un but en soi ?

Pour Verschelden, la croissance ne consiste pas à devenir plus grand, mais à mieux entreprendre.

La croissance donne à Moore la possibilité d’offrir plus d’expertise aux clients, de nouvelles opportunités aux collaborateurs et un soutien plus large aux entrepreneurs. C’est pourquoi Moore ne cherche pas nécessairement à devenir la plus grande, mais surtout à exceller dans ce qu’elle fait.

L’expansion internationale s’inscrit également dans cette philosophie. Moore souhaite poursuivre sa croissance en Europe, mais pour Verschelden, une acquisition n’est réussie que lorsque le bon partenaire est trouvé et que l’intégration est une réussite.

Pourquoi le succès peut-il être la plus grande menace pour une entreprise ?

Parce que le succès peut amener une organisation à cesser de changer.

Verschelden se réfère à l’idée de Jim Collins selon laquelle le « bien » peut parfois être dangereux : de bons résultats peuvent endormir une organisation. Pendant ce temps, de nouvelles technologies, des concurrents ou l’évolution des attentes des clients peuvent transformer radicalement le marché.

Questions fréquemment posées

Peter Verschelden est comptable et réviseur d’entreprises de formation et l’un des moteurs de Moore Belgium. Il a rejoint en 1995 le cabinet comptable de son père, qui comptait alors huit collaborateurs.

Moore est un prestataire de services professionnels qui accompagne les entreprises, notamment en comptabilité, audit, tax & legal, corporate finance, consulting, analytics et IA.

Selon Peter Verschelden, l’IA modifiera principalement certains flux de travail et certaines tâches. Le traitement routinier peut être davantage automatisé, tandis que le conseil, l’analyse, l’expertise et les relations clients restent essentiels.

Selon Verschelden, cela commence par le recrutement des bonnes personnes et le maintien d’une culture claire. Chez Moore, cette culture est synonyme de progrès, d’esprit d’entreprise, de qualité et d’éthique.

Le succès peut rendre les entreprises complaisantes. Lorsque les résultats sont bons, le risque existe que les organisations réagissent moins vite aux nouvelles technologies, à la concurrence ou à l’évolution des besoins des clients.

Pour Moore, cela signifie aujourd’hui, entre autres, que l’IA ne peut être ignorée. Si la technologie modifie une grande partie du modèle économique actuel, il faut déjà réfléchir aux services et à l’expertise qui créeront de la valeur demain.

L’entretien avec Peter Verschelden porte finalement sur un défi majeur : comment rester pertinent quand on a du succès ?

Pour Moore, cela signifie continuer à investir dans les personnes, la technologie et l’expertise. Croître sans faire de la croissance un objectif. Préserver l’esprit d’entreprise au sein d’une grande organisation. Et surtout : ne jamais supposer que ce qui fonctionne aujourd’hui fonctionnera encore demain.

Car c’est peut-être là la leçon la plus importante de cet épisode : le succès n’est pas une fin en soi. C’est le moment où vous devez recommencer à changer.

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